LA PAGAIE GROENLANDAISE ET SON MANIEMENT
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Ce sont souvent les mêmes interrogations...

Et les uns de douter qu’on puisse avancer avec ça et les autres de s’étonner de sa légèreté. Avec ses pales étroites situées dans un même plan, les pagaies groenlandaises intriguent l’habitué des modèles contemporains.


Et pourtant ça avance…

À condition de ne pas vouloir tirer de l’eau. Le secret de son maniement se trouve moins dans le tracté vigoureux des pelles que dans l’exploitation de son profil, afin de trouver l’angle d’attaque optimum, une sortie d’eau sans turbulence et de la fluidité dans les enchaînements.


Pour entretenir la vitesse du kayak, la pagaie arctique requiert une fréquence de gestes plus soutenue que la pagaie rivière. En revanche, le coût énergétique est moindre ; ce qui la rend appréciable pour les longs trajets.


Utilisée aujourd’hui pour ses qualités propulsives et son efficacité pour les esquimautages, elle avait chez les chasseurs du Grand Nord d’autres usages : casser la glace, stabiliser le kayak, assommer un phoque, éloigner un bloc de glace... Pour ces raisons, les extrémités étaient souvent renforcées d’ivoire ou d’os.


Les répliques contemporaines vernies ou lustrées ne doivent pas nous faire oublier que les originaux étaient souvent plus rustiques ; une rusticité qui n’est pas en contradiction avec le soin qui pouvait être apporté à leur réalisation, à commencer dans le choix des bois, idéalement sans nœud et de droit fil. La mer apporte sur les rives du Groenland des troncs flottés, résineux pour la plupart, vides de leur sève et particulièrement adaptés à la construction des kayaks et des pagaies. Aujourd’hui encore, on préfère ces essences pour leur bon compromis… Entre légèreté et rigidité.


Comme pour les kayaks, la construction se fait sur mesure. La pagaie groenlandaise est généralement longue d’une brasse augmentée d’une coudée, avec des variations selon les régions. La largeur des pales et le manche sont particulièrement ajustés aux mains du propriétaire. De son confort dépendait sa survie. Un chasseur qui perdait sa pagaie dans une mer agitée risquait ne pas rentrer.


La simplicité de l’objet dissimule l’ingéniosité de ses formes qui se révèle dans ses multiples usages. Pour le programme de navigation que se fixaient les Esquimaux, il est difficile encore aujourd’hui de faire mieux.


De ce point de vue, elle reste inégalable.